Foisonnement des méthodes, formation et choix des psychothérapeutes, facteur financier…

Le Dr Pierre Canouï, président de la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse, revient sur les soins psychothérapiques.

Le Dr Pierre Canouï, psychiatre et pédopsychiatre, psychopraticien, est président de la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse (FF2P).
Dr Pierre Canouï
LE FIGARO. – La préoccupation financière est souvent le premier critère pour sélectionner un professionnel de la psyché. Qu’en pensez-vous?
« L’efficacité d’une psychothérapie repose sur la qualité relationnelle entre un patient et son psy, et celle-ci dépend de la formation de ce dernier» Pierre CANOUÏ.
En France, un certain nombre de psychothérapies sont prises en charge par l’assurance-maladie et les mutuelles de santé: ce sont celles dispensées par des médecins (psychiatres ou non) à condition que ces praticiens délivrent au patient une feuille de soins électronique ou papier. Les soins psychothérapiques sont gratuits dans le cadre des CMP (centres médico-psychologiques) pour les personnes domiciliées dans le secteur. Les soins psychiques des enfants et adolescents sont financés par l’assurance-maladie dans les centres médico-psychopédagogiques. Enfin pour les étudiants, les bureaux d’aide psychologique universitaire (Bapu) sont des centres de consultation et de psychothérapie gratuits.
Mais nous sommes sous le coup de différentes idées qui sont parfois devenues des dogmes. D’abord, l’idée que pour être efficace, une psychothérapie doit être payée par le patient-client. Or, cela n’a jamais été prouvé. Autre idée reçue, typiquement hexagonale: l’évidence de la «gratuité» des soins. En tant que président de la FF2P, je ne peux que vouloir un libre accès aux psychothérapies à ceux qui, même les plus démunis, en ont besoin. Or, les nouvelles données sur ces soins psychiques efficaces nous montrent que parfois, quelques séances peuvent suffire. Et que, dans tous les cas on peut parler de cette question d’argent avec le psy, et négocier le tarif.

L’autre difficulté est le foisonnement de méthodes. Comment s’y retrouver?

Là encore, aucune méthode n’a été reconnue comme supérieure à une autre. En revanche, l’efficacité d’une psychothérapie repose sur la qualité relationnelle entre un patient et son psy et, selon nous, celle-ci dépend de la formation de ce dernier. La psychothérapie est un métier qui, comme beaucoup de métiers, ne s’apprend pas uniquement dans les livres, mais par une pratique personnelle et supervisée!
«L’image caricaturale d’un patient allongé sur un divan avec un psy faisant un «hum hum» de temps en temps est en train de s’effacer, et heureusement!»

Vers quel psy alors se tourner?

Nous recommandons des psychothérapeutes et psycho-praticiens certifiés par notre fédération et les fédérations analogues à la nôtre. Cela indique qu’ils ont reçu une formation longue dans une école psychothérapeutique tant en psychopathologie que dans d’autres approches. Cela indique aussi qu’ils ont fait une psychothérapie, sont supervisés par un aîné et, enfin, adhérent à une charte éthique et déontologique affichée dans leur salle d’attente ou que le patient peut demander à voir. Celle-ci montre que ce professionnel ne s’est pas autoproclamé praticien de la psychothérapie, qu’il est reconnu par ses pairs.

Comment l’image des psychothérapies est-elle, selon vous, en train de changer?

L’image caricaturale d’un patient allongé sur un divan avec un psy faisant un «hum hum» de temps en temps est en train de s’effacer, et heureusement! Aujourd’hui, on sait qu’on n’a pas besoin d’être fou pour consulter, qu’on n’en prend pas forcément pour des années, et que les psychothérapies sont humaines, empathiques, toujours relationnelles et souvent dialoguées.
«Nous sommes actuellement dans une perspective moins théorisante, plus pragmatique et plus modeste»

Et dans ce qui reste à améliorer?

Pendant longtemps, on a cherché la méthode qui guérirait tout et on a voulu parfois avec excès faire coïncider la clinique avec des concepts comme le complexe d’Œdipe, la notion de psycho-traumatisme, etc. Or, nous sommes actuellement dans une autre perspective, moins théorisante, plus pragmatique et plus modeste. L’un des buts des formations que nous soutenons est que chaque praticien de la psychothérapie -psychothérapeute (ARS) ou psychopraticien- connaisse bien le champ et les limites de ses compétences afin d’aider au mieux le patient en souffrance.